Parmi les produits concernés par cette pénurie, on dénombre ceux utilisés en ophtalmologie, les corticoïdes injectables, ainsi que ceux destinés aux traitements en diabétologie et en oncologie.

Depuis le mois de juin dernier, le marché national du médicament fait face à de sérieuses perturbations. Une centaine de produits pharmaceutiques essentiels, traitant des maladies chroniques, est en nette rupture à ce jour. Un constat établi et confirmé par de nombreux observateurs très au fait du secteur de la pharmacie en Algérie.
La liste des médicaments disponibles s’est sensiblement rétrécie. Parmi les produits concernés par cette pénurie ou, du moins, par une insuffisance d’approvisionnement flagrante, l’on peut citer ceux utilisés pour des examens ophtalmologiques, les corticoïdes injectables, ainsi que ceux destinés aux traitements en diabétologie et en oncologie. Cette disponibilité a provoqué des effets à la fois secondaires et indésirables sur le malade. Du fait de cette crise, les patients, âgés pour la plupart, errent entre des dizaines d’officines à la recherche de leur traitement et retournent souvent bredouilles chez le médecin pour changer la marque du produit. L’insuffisance de l’offre a été également mal vécue par les prescripteurs et les pharmaciens. Ce qui a donné lieu à l’apparition d’un marché d’importation illégale, dit “cabas”, avec tous les risques de la contrefaçon encourus. Les initiateurs de ce type de commerce illicite s’affichent sur les réseaux sociaux et proposent des listes de médicaments avec photos à des prix exorbitants. Le syndicat des pharmaciens d’officine avait, d’ailleurs, publié, récemment, à l’attention de ses adhérents, une liste de produits contrefaits en circulation. D’autres comportements immoraux et contraires à l’éthique ont été également observés sur le marché. L’on parle de ventes concomitantes des grossistes vers les officines, compérage entre médecins et pharmaciens, rabattage d’ordonnances par des comparses non qualifiés vers certaines officines, ventes sous le manteau dans des magasins non habilités, de médicaments probablement volés, vente sur Internet de produis interdits et retirés du marché. Pour mettre un terme à ce genre de comportements irresponsables, quand bien même ils seraient marginaux, le gouvernement doit assurer de manière impérative un approvisionnement régulier du marché. “Le pharmacien d’officine, au lieu de se consacrer à ses vraies tâches, à savoir le conseil au malade et l’analyse des ordonnances, reste suspendu à son téléphone à la quête d’un produit introuvable”, déplore le Dr Rachid Ghebbi, un expert en industrie pharmaceutique. Le président du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens (Cnop), Lotfi Benbahmed, estime, pour sa part, que ces restrictions quantitatives relevées sur le marché ont un impact direct sur les stocks de sécurité. Il est clair que la mesure de réduction des importations des produits fabriqués localement a pour finalité l’encouragement de la production nationale. La décision, qui a touché environ 358 médicaments, constitue un grand stimulant aux industriels locaux. Or, l’on décide de réduire les importations au moment où le marché algérien est en pleine évolution. En effet, la demande nationale augmente de 12% chaque année.

La solution dans la production nationale
Pis encore, cette décision a été prise alors que l’Exécutif décide de prendre en charge de plus en plus de pathologies qui coûtent cher, notamment les cancers et toutes les maladies chroniques. Cela dit, la diminution de la facture du médicament, évaluée chaque année à environ 3 milliards de dollars, ne doit pas se faire au détriment de la santé publique… Toutefois, cette pénurie pourrait être due au fait que le programme prévisionnel d’importation des opérateurs soit réalisé plusieurs fois dans l’année d’autant plus que le médicament demeure un produit périssable.
Cette situation pourrait être provoquée aussi par les retards occasionnés lors du contrôle de la mise en conformité des produits pharmaceutiques. Pour pallier toutes ces tensions que subit présentement le médicament, il serait plus judicieux d’appréhender, au mieux, la nomenclature de manière à anticiper cette rupture tout en créant un système d’alerte, tel que pratiqué par de nombreux pays au monde.
Le rôle, dans ce sens, de l’agence du médicament, installée il y a quelques mois, est primordial. Cette structure doit avoir un tableau de bord qui lui permet de constater, à la faveur des différentes alertes de l’importation, de la production ou de la distribution, les divers manques d’approvisionnement.

B. K.