Pour le Conseil de la concurrence (CC), la chaîne de distribution du médicament en Algérie fonctionne de son amont à son aval à flux tendu, tant en ce qui concerne le marché des médicaments hospitaliers, géré par la Pharmacie centrale des hôpitaux, qu´en ce qui concerne l’approvisionnement des officines par les grossistes répartiteurs. 


C’est en substance ce qui ressort de l’étude menée par le CC portant sur le marché concurrentiel du médicament, dont une copie a été remise aux représentants des médias, présents lors de la journée d’information sur le contrôle des concentrations économiques, organisée jeudi dernier à Alger. Cette étude, selon le président du CC, Amara Zitouni, a duré trois ans et a été menée par des experts algériens du Conseil de la concurrence, ainsi que trois autres experts internationaux. Les auteurs du rapport avancent qu’un marché qui fonctionne à flux tendu est inévitablement en proie à des situations ponctuelles de pénuries. «Ce dysfonctionnement est exacerbé par le manque de définition de ‘‘pénurie’’ dans la réglementation sectorielle, ce qui engendre une polémique juridique sur la question : à partir de quand parle-t-on de pénurie ?» s’interrogent les experts. Autres questions qu’ils se posent : s’agit-il d´une inadéquation de l´offre à la demande pendant quelques heures ou quelques jours ? La pénurie se situe-t-elle au niveau de la marque ou au niveau DCI-forme dosage ? Pour ces derniers, «toutes ces questions pourraient faire l’objet d’un débat fortement médiatisé qui serait probablement moindre si un constat objectif était possible», rappelant dans ce sens qu’il existe de nombreuses et différentes définitions de pénurie. Par contre, en Algérie, selon les rédacteurs du rapport, la nouvelle loi sanitaire de 2018 ne définit pas la pénurie. Elle dispose uniquement de façon générale que l’Etat «veille à la disponibilité» des médicaments et «garantit l´accès» aux médicaments, «notamment essentiels, en tout temps et en tout lieu du territoire algérien» (art.205). Elle dispose également que les producteurs et les importateurs «doivent assurer la disponibilité» des médicaments (art.219) sans prévoir de sanctions en cas de non-respect de ces obligations par ces derniers. 


Toujours sur ce même registre, les rédacteurs mentionnent que la réglementation sectorielle a prévu deux instruments destinés à prévenir les pénuries. Or, ils s’étonnent que si, à ce jour, il existe deux instruments réglementaires destinés à prévenir et remédier aux pénuries de médicaments, ces derniers (instruments) n’ont jamais été utilisés en pratique. Il s’agit de la licence obligatoire par le fabricant du princeps détenteur d’un brevet et du service universel des grossistes. Plus grave, ils ont décelé une absence d´obligation de notification de rupture de stock. Autrement dit, ils ont mis en évidence le fait qu’il n’existe pas d’obligation pour les différents acteurs de la chaîne de distribution du médicament d’informer le ministère de la Santé en cas de rupture ou de pénurie. Ce qui peut en partie expliquer la récurrence des pénuries de médicaments dans les officines. Autres constat révélé par les experts : la mise en évidence d’un déséquilibre dans le niveau de réglementation aux différents paliers de la chaîne de la réglementation, «et cela malgré le choix stratégique du gouvernement algérien de réglementer strictement le marché du médicament», font-ils remarquer.
Toujours au registre des anomalies dans le secteur de la distribution, il est fait état d’un manque de visibilité au niveau de la distribution en gros, puisque le Cnrc recense 634 inscriptions de grossistes tandis que 120 d´entre eux seulement opèrent réellement dans la distribution en gros des médicaments. En second lieu, il y a une absence de contrôle systématique des stocks tenus par les grossistes. Il est vrai qu’il existe des inspections ponctuelles par les «brigades mixtes» de fonctionnaires issus des ministères du Commerce et de la Santé -parfois renforcés par des inspecteurs du ministère des Finances ou de l’Intérieur, ou des directeurs de la santé des wilayas. Cependant, il s´agit d´inspections ponctuelles, car elles requièrent des ressources considérables afin d´atteindre le petit grossiste opérant au niveau d´une seule wilaya.
En conclusion, le rapport en question ne va, sans aucun doute, pas laisser indifférent de nombreux acteurs du marché local du médicament. D’où il faut s’attendre à plusieurs mises au point venant de ceux dont l’approche diverge avec ce qui a été rapporté dans l’étude du CC. Nous le saurons dans quelques jours.

Source: http://www.reporters.dz/2019/04/28/medicaments-le-conseil-de-la-concurrence-se-penche-sur-les-cas-de-penurie-dans-les-officines/