En dehors du diabète et de l’hypertension, d’autres facteurs de risque sont associés à un risque accru d’insuffisance rénale chronique, et notamment la toxicité médicamenteuse. Longtemps non considéré comme non néphrotoxiques car métabolisés par le foie, les inhibiteurs de la pompe à protons sont depuis quelques années suspectés d’augmenter le risque de lésion rénale et de néphropathie interstitielle aiguë.

Une étude cas-contrôle menée à partir des registres nationaux taïwanais a testé cette hypothèse, car l’incidence annuelle d’insuffisance rénale terminale est particulièrement élevée dans ce pays. Elle a recherché l’existence d’un lien possible entre prise d’IPP et développement d’une insuffisance rénale chronique (IRC).

Méthodologie

·       Une étude cas-contrôle a été menée à Taïwan à partir des registres nationaux de l’assurance maladie couvrant 99% de la population. Elle a identifié les cas de patients âgés de 20  à 84 ans et nouvellement diagnostiqués pour une maladie rénale chronique entre 2000 et 2013. La date de ce premier diagnostic était définie comme la date index. Les patients sous dialyse étaient exclus.

·       Des cas contrôles ont été sélectionnés de façon aléatoire et appariés aux cas patients sur le sexe, l’âge, les comorbidités et l’année du premier diagnostic d’IRC.

·       L’utilisation d’IPP était définie par au moins une prescription d’IPP avant la date index et la non utilisation par l’absence de prescription avant cette date. Tous les IPP disponibles à Taïwan étaient pris en compte (ésoméprazole, lansoprazole, oméprazole, pantoprazole et rabéprazole). L’utilisation d’antagonistes du récepteur à l’histamine de type 2 (Anti-H2) et d’anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) était également prise en compte (IPP et anti-H2 ne sont pas disponible en OTC à Taïwan).

·       Le risque (Odds ratio) de développer une IRC sous IPP était estimé par un modèle de régression logistique.

Résultats

·       16.704 sujets nouvellement diagnostiqués pour une IRC entre 2000 et 2013 ont été inclus dans le groupe cas patients et autant dans le groupe cas contrôles. L’âge moyen était de 64,3 ans et la durée d’exposition moyenne aux IPP était d’environ 4 mois dans les deux groupes.

·       Les patients atteints d’IRC avaient une probabilité plus élevée d’avoir été exposés aux IPP que les patients contrôles (29,8% vs 23,1%, p<0,001). La proportion de ceux qui avaient eu recours aux AINS était aussi légèrement plus importante (96,3% vs 95,7%, p=0,01). Il n’y avait pas de différence significative entre les deux groupes concernant l’exposition aux anti-H2 ou les comorbidités.

·       L’odds ratio (OR) d’avoir une IRC était de 1,42 chez les utilisateurs d’IPP [IC95% 1,35-1,49] par comparaison aux sujets qui n’y avaient jamais eu recours.

·       La durée cumulée d’exposition aux IPP augmentait le risque d’IRC, avec un OR compris entre 1,02 et 1,04 selon les IPP à un mois [0,99-1,05]. Ce risque augmentait également avec la dose cumulée (OR 1,23 [1,19-1,28] pour chaque microgramme supplémentaire).

Limitation          

De nombreuses données n’étaient pas prises en compte comme le mode de vie, le statut socio-économique, etc., mais aussi les paramètres cliniques (rythme cardiaque, acide urique, DFG, taux d’albuminurie). Le stade de la maladie rénale n’était donc pas connu.

Par ailleurs, les données des registres indiquent les médicaments prescrits et non ceux réellement pris par les patients et il existe un risque d’erreur de codification.

Enfin, l’analyse a été conduite sur une population taïwanaise. Les résultats ne sont donc pas directement extrapolables aux populations occidentales.             

À retenir             

Selon les données des registres nationaux taïwanais, l’usage d’IPP augmente le risque d’insuffisance rénale chronique de 40%. Cet effet est dépendant de la dose et de la durée d’exposition et concerne l’ensemble des IPP disponibles dans ce pays. Des essais montrant une association entre évolution de la maladie rénale et exposition aux IPP sont attendus pour confirmer ce lien. D’ici là, les auteurs appellent à la prudence, en particulier pour des usages au long cours.

Références:

Hung SC et al. Using proton pump inhibitors correlates with an increased risk of chronic kidney disease: a nationwide database-derived case-controlled study. Family Practice, cmx102, published online october 14, 2017. DOI: https://doi.org/10.1093/fampra/cmx102.

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