À retenir

  • L’utilisation au long cours des IEC semble associée à un sur-risque global de cancer du poumon de

    14% par rapport à des patients traités par ARAII. Ce chiffre serait significatif au-delà de 5 années d’utilisation (+22%) et culminerait au-delà de 10 ans (+31%), sans que le tabagisme n’influence significativement cette association.

  • La causalité de cette association reste à confirmer. Si elle l'est, elle pourrait représenter un enjeu important pour la santé publique dans la mesure où les IEC sont largement prescrits dans la population hypertendue. De nouvelles investigations doivent être menées pour corroborer ces résultats.

Pourquoi cette étude a-t-elle été menée ?

Selon des données récentes, il semble que l’utilisation à long terme des IEC soit associée à un risque accru de cancer du poumon. Cette association est soutenue par les données biologiques qui montrent que ces composés favorisent l’accumulation de bradykinine et de substance P dans le tissu pulmonaire. Les méta-analyses menées sur le sujet n’ont pas permis de conclure, notamment du fait que les études utilisées avaient pour la plupart étudié le risque global de cancer et du fait des faibles effectifs ou des faibles durées de suivi disponibles. Une étude en population auprès d’une large cohorte peut apporter de nouvelles informations sur le sujet.

Méthodologie

  • Ce travail a été mené à partir d’une base de données britannique (CRPD) qui incluait près de 15 millions de patients suivis en médecine générale. Entre 1995 et 2015, les sujets de plus de 18 ans, inclus depuis au moins 1 an dans la base et recevant pour la première fois une prescription d’IEC (seuls ou en association) ont été suivis jusqu’au diagnostic d’un cancer du poumon, au décès ou à la fin de l’étude. Ces données ont été comparées à celles des sujets traités par ARAII (seuls ou en association) ou par d’autres antihypertenseurs.

  • Les sujets ayant des antécédents de cancer ou de traitement anticancéreux avant l’initiation du traitement antihypertenseur ont été exclus.

Principaux résultats

  • Au total, 992.061 patients ont été suivis, parmi lesquels 335.135 ont été traités par IEC, 29.008 par ARAII et 101.637 par les deux classes. Le ramipril, le lisinopril et le périndopril étaient les plus couramment prescrits (respectivement 26%, 12% et 7%). Parallèlement, 7.952 patients ont reçu un diagnostic de cancer du poumon soit un taux d'incidence brut de 1,3 pour 1.000 années-personnes [1,2-1,3].

  • Le traitement par IEC était associé à un risque de cancer du poumon plus élevé de 14% par rapport à un traitement par ARAII (1,6 vs 1,2 /1.000, rapport de risque 1,14 [1,01-1,29]).

  • Toujours par rapport aux ARAII, le traitement par IEC durant moins de cinq ans n’était pas associé à un risque accru, alors qu’il l’était dès que l’utilisation avait duré 5-10 ans (RR 1,22 [1,06-1,40]) ou, a fortiori, plus de 10 ans (1,31 [1,08-1,59]).

  • Le tabagisme n’influençait pas significativement cette association.

Principales limitations

  • Certains facteurs potentiels de confusion ont pu échapper à l’analyse (niveau socio-économique, exposition à d’autres facteurs de risque de cancer pulmonaire...).

  • L’observance des traitements prescrits n’est pas connue.

Références

Hicks BM, Filion KB, Yin H, Sakr L, Udell JA, Azoulay L. Angiotensin converting enzyme inhibitors and risk of lung cancer: population based cohort study. BMJ. 2018;363:k4209. PMID: 30355745